TABLE
Théocratie
Théocratie
exclusive
Théocratie
inclusive
Hétéronomie
hiérarchique
Hétéronomie
étatique-capitaliste
Hétéronomie
étatique
Hétéronomie
marchande-capitaliste
Le
caractère religieux de la marchandise
Le
spectacle marchand
Le
travail
Inclusivité
marchande-capitaliste

Théocratie
Toutes les sociétés connues ont été et sont
théocratiques. Dans toute société, les hommes entretiennent
avec leur système social un rapport d’implication circulaire et
d’inhérence réciproque - les hommes font le système
et le système fait les hommes - mais dans une théocratie
la fabrication indéniable du système par les hommes est asservie
à la fabrication des hommes par le système autonome. L’activité,
la production, le monde, le pouvoir, l’être d’une société
théocratique prennent une forme transcendante séparée
dont elle n’a pas la direction mais qui la domine. L’aliénation
se présente comme aliénation de la société
à ses institutions, comme autonomisation des institutions à
l’égard de la société. L’activité sociale aliénée
exclut toute manifestation autonome, explicite et pratique de la volonté
humaine à quelque niveau que se soit. Les institutions sociales
sont une création de l’homme, mais dans une théocratie elles
sont une création aveugle. Bien que toute société
crée effectivement elle-même ses institutions, organisation,
rapports - qu’elle le sache ou non - dans une société aliénée
ils ne sont pas œuvres humaines mais ouvrages des instances théocratiques:
Hiérarchie, maître, chef, anciens, héros, roi, état,
dirigeants, bureaucratie, dieu, esprits, religion, Raison, “lois de l’histoire”,
sexe, race, nation, tradition, tabous, morale, spectacle, propriété
privée, marchandise, argent, capital.
Les théocraties ont été et sont exclusives ou inclusives.
Théocratie
exclusive
La théocratie exclusive ou concentrée est une dictature
totale de la signification.Aliénation sacrée, elle incorpore
officiellement et expressément dans ses institutions l'idée
incontestable pour les membres de la société que cette institution
n'est pas œuvre humaine, qu'elle n’est pas ou n'a pas été
créée par les humains, en tout cas pas par les humains qui
sont là en ce moment ou alors par des humains surhumains. Dominant
de façon patente, elle impose un modèle modèle absolu,
unique et indiscutable; tout ce qui en dévie est refoulé,
forclos, supprimé. Chacun doit se conformer à sa structure
rigide ou disparaître. Elle opère ainsi une résorption
totale du réel. La plupart des sociétés de l’histoire
ont été exclusives.
Théocratie
inclusive
La théocratie inclusive ou diffuse est une dictature des signifiants.
Aliénation profane, elle ne prétend plus ouvertement et explicitement
apporter de caution transcendantale, universelle et absolue à l'ordre
qu'elle impose. Apparue une première fois en Grèce ancienne
puis dans l’Europe moderne des XIIe et XIIIe siècles, l’inclusivité
théocratique domine de manière latente, presque honteuse,
par compromis, et procède par éclatement, morcellement. La
capacité incroyable de la théocratie inclusive de résorber,
détourner, récupérer, tout ce qui la met en cause
est un phénomène historiquement nouveau indissolublement
lié à l’apparition historique conséquente du projet
d'autonomie et simultané de ses ennemis-antidotes inclusifs que
sont la démocratie étatique et le capitalisme. La théocratie
inclusive a transformé le projet d’autonomie en fond de commerce
idéologique. La société hétéronome
inclusive édifie son unité sur le déchirement,
la multiplicité aliénée, l’altérité
fallacieusement autonome et et la valorisation de l’individualité
hétéronome. La division montrée est unitaire alors
que l’unité montrée est divisée. Si la théocratie
moderne divise, c’est pour mieux régner. Elle ne cherche pas à
imposer totalitairement son ordre hétéronome en éliminant
ouvertement tout ce qu’elle nie mais en se diffusant partout jusque dans
justement ce qu’elle nie. La récupération est une
de ses particularités essentielles. Et c’est en cela que, là
où elle est le plus avancé, "l’état de droit" pseudo-démocratique
et le capitalisme, la diversité des marchandises et des partis,
sont les formes idéales à partir desquelles peut prospérer
cette tolérance opprimante.
La théocratie diffuse a besoin de contestations
aliénées et les entretiens; cet autre hétéronome
est le ferment de la répression permissive sur laquelle elle développe
son règne. Les fausses oppositions sont une partie intégrante
du système théocratique moderne et n’ont fait que devenir
de plus en plus vitales à cet ordre alors que celui-ci devenait
de plus en plus inclusivement hétéronome.
Hétéronomie
hiérarchique
Les théocraties ont généralement été
des sociétés divisées en classes, organisées
hiérarchiquement, où la classe dominante se fait la représentante
sur terre de cette puissance étrangère.
Hommes libres et esclaves, patriciens et plébéiens, barons
et serfs, maître de jurande et compagnons, nobles, curés et
tiers-état, bourgeois, bureaucrates et prolétaires, dominants
et dominés, oppresseurs et opprimés, dirigeant et exécutants,
riches et pauvres, possédants et dépossédés.
La division en classes est théocratique ; et dans les sociétés
historiques, l’aliénation apparaît comme incarnée dans
la structure de classe et la domination par une minorité; mais en
fait l’aliénation dépasse ces traits. Le dépassement
de l’aliénation présuppose évidemment l’élimination
de la domination de toute classe particulière, mais va au-delà
de cet aspect car l’aliénation a existé dans des sociétés
qui ne présentaient pas une structure de classe, ni même une
différenciation sociale importante ; et que dans une théocratie
la classe dominante elle-même est en situation d’aliénation
: ses institutions n’ont pas avec elle une relation de pure extériorité
et d’instrumentalité, elle ne peut mystifier, aliéner, le
reste de la société avec son idéologie et "ses" institutions
sans se mystifier et être aliéné en même temps
elle-même.
Hétéronomie
étatique-capitaliste
L'inclusion théocratique s'est étayé sur, dans et
par un élargissement de la fragmentation et du déficit de
cohésion des instances de domination de classe et d'aliénation
en général ainsi que de l'articulation sociale globale. La
séparation entre "politique" et "économie" - le monde étatique-marchand
- est un de ses produits majeurs. Cette scission n'est nullement une propriété
commune à toutes les sociétés ou intrinsèque
à la nature humaine, mais une articulation sociale crée par
et indissociable de l'émergence du capitalisme-bureaucratique ainsi
que de l'apparition historique corrélative et conséquente
du projet d'autonomie, dont elle est l'appareil décisif de résorption
idéologique-imaginaire et pratique. "Libertés" politiques
et "libre" concurrence sont les façades idéologiques des
transcendances séculières du monde moderne. Les ciels profanes
de l'état et de la marchandise sont les fictions garantes de la
pseudo-immanence du système social. L'illusion d'une nécessité
intrinsèque autoproclamée - nécessité tautologique
ou mensongèrement "naturelle" ou “rationnelle” - de ce fractionnement
et la réalité effectivement morcelé, façonnent
et génèrent les contestations du système qui ne savent
penser en dehors de lui et qui à chaque attaque fragmentaire ne
font que renforcer sa profonde unité.
Hétéronomie
étatique
L'état sépare la pratique politique du vécu humain,
la vie politique de la vie quotidienne. La "politique" contemporaine a
ceci de piquant qu'elle continue à faire tout ce qu'elle peut pour
éloigner les gens de la direction de leurs affaires tout en se plaignant
de leur "apathie". Le ciel de l'état produit cette nouvelle race
d'homme: la classe bureaucratique qui, sous couvert d'un intérêt
général abstrait et imaginaire dont l'état serait
la fiction, ne poursuit et ne reproduit que l'intérêt particulier
qui est la visée ultime de l'état, le sien. L'état
est l'entreprise capitaliste suprême, celle qui permet toutes les
autres. La spécialisation du pouvoir est la plus vielle séparation.
Séparation entre une minorité qui possède le monde
et une majorité qui le subit. L'état, étant la forme
actuelle la plus archaïque de cette séparation, est une de
ses premières formes à détruire. La liquidation de
tout état trouvera son accomplissement dans l´autogestion
généralisée, assurée par la démocratie
directe des conseils antithéocratiques
fédérés dans l´horizontalité d´un
monde auquel chacun pourra donner sa légitime démesure.
Hétéronomie
marchande-capitaliste
Les hommes, les divers produits ou activités humaines sont incommensurables.
Le cordonnier ou la chaussure ne sont pas égaux ou proportionnels,
respectivement, à la prostituée ou à la passe. Le
temps - en heure, minute, seconde - est mesurable et comparable; une heure
est égale à une heure; le " temps de travail " - du cordonnier
ou de la prostituée - ou le temps de toute activité humaine
- tel que le temps dépensé à extraire une déjection
nasale - est mesurable et comparable à tout autre temps de travail
ou temps d’activité humaine; mais de cette tautologie on ne peut
déduire une commensurabilité des êtres humains, de
leurs besoins, produits ou activités; ni une forme juste de répartition
de l’appropriation sociale, ni idéale de l’organisation sociale.
Le temps vécu - de l’activité humaine - les besoins ou capacités
humaines ne sont pas réductibles au temps mesurable. Ils peuvent
l’être "suffisamment quant à l’usage" mais de multiples "choses"
peuvent être instituées socialement et fonctionner "suffisamment
quant à l’usage" - traiter d’autres êtres humains comme des
choses, par exemple.
Mais la distribution - ou appropriation - quantitative n’est pas pour autant
aliénation "en soi"; c’est-à-dire envisagée abstraitement
comme possibilité ou proposition possible de répartition
de champs de l’appropriation (consommation-production) sociale limités
dans leurs portées et dans le temps; et non considérée
effectivement et historiquement. La distribution quantitative "en soi"
- échanger une paire de chaussure contre un acte sexuel "en soi"
par exemple - n’est pas aliénation du fait qu’elle fait subir à
des rapports sociaux une abstraction, reposant sur l’égalité
arithmétique ou proportionnelle, ou sur une autre forme de rapport
quantitatif tel qu’une transmutation d’une quantité d’équivalent
commun - et non d’équivalent universel - en une "marchandise" pour
se convertir à nouveau en de l’équivalent commun d’une autre
quantité - transaction "similaire" à un échange capitaliste.
La distribution quantitative - et subséquemment l’échange
marchand et capitaliste qui en sont des formes - ne sont pas naturels -
ou "réels" - comme un arbre ou la gravitation par exemples, mais
un arbre ou la gravitation n’ont rien d’échanges sociaux. Les rapports
sociaux ne sont que trivialement naturels; ils ne le sont pas en tant que
spécifiquement social-historiques. La question de l’autonomie et
de l’aliénation n’a rien à voir avec des degrés de
naturel ou d’artificialité contenu dans les rapports sociaux. La
distribution quantitative ne peut pas non plus avoir de fondement transcendantal;
nulle coagulation métaphysique n’est d’aucun secours pour fonder
de manière équitable - non-aliénante - la répartition
de l’appropriation sociale. En vérité, cette question
ne peut être fondée absolument. Il n’existe aucune loi naturelle,
"réelle" ou métaphysique sur laquelle pourrait se fonder
l’échange ou les rapports humains. Le seul échange équitable
- ou fondement juste à la répartition de l’appropriation
sociale - est l’échange autonome; celui qui a été
explicitement déterminé de manière autonome; et qui
ne nuit pas à l’autonomie.
Une société autonome pourrait, de manière autonome
- et probablement le ferait - instituée démocratiquement
des formes de distribution quantitative pour des champs de l’appropriation
explicitement limités dans leur portée et dans le temps.
La distribution quantitative marchande et capitaliste est aliénation
car, en tant que marchande et capitaliste, elle ne peut être instituée
de manière autonome et - en tant que forme effective d’appropriation
sociale - elle fait nécessairement et intrinsèquement obstacle
à toute activité humaine autonome; elle est aliénation
en tant que mouvement tacitement universel - réglementation automatique,
systématique et sans appel des rapports sociaux; entrave à
l’appropriation sociale, collective et individuelle autonome; et forme
implicite de domination de classe en partie travestie sous une pseudo-neutralité
arithmétique.
Le
caractère religieux de la marchandise
Notre société marchande est la réalisation de la religion
sur terre. Dans la religion, comme dans la marchandise, l´homme projette
hors de lui ses propres pouvoirs et se perd dans un monde fantastique qu´il
a lui-même créé, mais qui le domine comme une puissance
étrangère, complètement indépendante et
détachée des individus. Si la religion avait pour ambition
la colonisation de chaque aspect de la vie, le monde apparaissait encore
trop comme ce qu´il est, le produit de rapports entre individus,
alors que le monde à part de la marchandise, bien supérieur,
à réussi à totalement aliéner ces rapports
en rapports entre des choses. La religion a limité sa portée
en se préoccupant trop de détails qualitatifs et a été
dépassée par le quantitatif marchand, cette forme
prête à accueillir tous les contenus. La tautologie marchande
construit matériellement l´illusion religieuse et produit
des miracles réels en transformant le temps en argent, les hommes
en marchandises, la vie en calcul. Si jadis les églises étaient
les seuls lieux de contemplation, c'est maintenant la réalité
toute entière qui est façonnée en vue d´être
contemplé. Les chrétiens ont laissés place aux spectateurs
et les économistes sont les dignes héritiers des curés,
leur jargon n´ayant rien à envier, en mystification, au latin
de leurs homologues d'antan. Le capital a noyé le caractère
abrupt des anciens antagonismes hiérarchiques dans sa solution
marchande : l´égalitarisme radical dans la contemplation
de son spectacle. Ainsi c'est la vie la plus terrestre et quotidienne qui
est devenue opaque et irrespirable.
Le
spectacle marchand
Dans la société capitaliste, le travailleur ne se produit
pas lui-même, il produit une puissance indépendante, le capital.
Le succès de cette production, son abondance, revient vers
le producteur comme abondance de la dépossession. Tout le
temps et l´espace de son monde lui deviennent étrangers
avec l´accumulation de ses produits aliénés. L´image
de son monde se déploie indépendamment de lui sous forme
d´images au mouvement autonome. L´homme moderne, élevé
au rang de consommateur, est ainsi réduit à l´état
de spectateur de sa dépossession. Le choix dans la consommation
et la diversité des marchandises à consommer ne sont jamais
que le choix dans la dépossession et la consommation d´une
diversité d´aliénations. Là où le monde
réel se change en de simples images, les simples images deviennent
des êtres réels et les motivations efficientes d´un
comportement hypnotique. L´aliénation du spectateur au profit
de l´objet contemplé fonde cet empire de la passivité
moderne. Il ne peut y avoir de liberté hors de l´activité,
mais toute activité est niée. Ainsi la fameuse “libération
du travail” et l´augmentation des loisirs de sont qu´une illusion.
Rien de l´activité volée dans le travail ne peut se
retrouver dans la soumission à son résultat. Dans la consommation,
ce qui est demandé, c'est de participer plus profondément
à la dépossession de tous les aspects de sa vie.
Le travail
Si
le capitalisme est la forme achevée de la division du travail, le
travail est déjà la division de la vie. Le mot travail
vient du latin populaire “torturer”.
En étant forcé
de se vendre aux propriétaires des moyens matériels de leur
vie pour acheter leur survie à ces mêmes propriétaires,
les travailleurs sont, derrière le travestissement démocratique,
la propriété de ces propriétaires. Les travailleurs
sont des marchandises qui n´ont que l´ombre d´un choix
sur leur vie. Et les chômeurs ne sont que la masse des invendus.
La peur du chômage est une des principales attractions du
spectacle qui vise à rendre désirable, ou du moins à
présenter comme incontournable, leur aliénation aux masses.
Les propriétaires les occupent ainsi à réclamer de
l´esclavage pour tous afin d´éviter qu´elles ne
s´avisent d´abolir tout simplement leur asservissement. Mais
parce que le chômage contredit les auto-justifications - droit au
travail, éthique du travail - qu´à donnée cette
société au salariat, fondement de l´asservissement
au capital, les faux ennemis et les complices
de la dictature marchande s´efforcent, simultanément, de minimiser
les conséquences séditieuses qu´il pourrait occasionner
par des mesures pataphysiques - ralentissement de l´automation, réduction
du temps de travail, assistance caritative. Le problème réel
de notre époque, contre lequel il faut lutter, n´est pas le
chômage mais l´asservissement marchand. Nous ne voulons pas
d´emploi mais le libre emploi de la vie.
Inclusivité
marchande-capitaliste
Chaque marchandise et chaque capital déterminés luttent pour
eux-même, ne peuvent pas reconnaître les autres, prétend
s’imposer partout comme si ils étaient les seuls. Le devenir-monde
de la marchandise et du capital sont le devenir-marchandise et devenir-capital
du monde. Par une ruse de la raison marchande-capitaliste, le particulier
de la marchandise et du capital s’usent en combattant, tandis que la forme-marchandise
et la forme-capital vont vers leurs réalisations absolues.
Le projet d´abolir toute aliénation et toute exploitation n´est autre que celui de rendre impossible tout ce qui existe en dehors des individus, de remplacer la volonté théocratique par la volonté individuelle.