LE PROJET D'AUTONOMIE
 

TABLE

Politique et ontologie
Rationalité et autonomie
Autonomie
Propriété

Politique et ontologie
        L'interrogation politique - que faire ? - est inextricablement liée à la question ontologique - qu'est-ce que l'être ? Toute activité humaine est nécessairement politique en tant que création inévitable d'un faire. Et elle est par là même ontologique en tant qu'affirmation-création pratique d'un sens de l'être dans et par l'être.
        Au-delà de toute conscience, création, réflexion ou explicitation théorétique, l'être - le “réel” - est essentiellement une création-production-activité politique-ontologique, une construction sociale dont le politique est le terme déterminant en tant qu'il est le versant proprement pratique-efficient de cette création. Toute société instaure, crée son propre monde. C'est l'organisation propre - signification et institution - de la société qui pose et définit par exemple ce qui, pour la société considérée, est de l'"information", ce qui est du "bruit" et ce qui n'est rien du tout; ou la "pertinence", le "poids", la "valeur" et le "sens" de l'"information"; ou le "programme" d'élaboration de, et de réponse à, une "information" donnée, etc. Toute société est une construction, une constitution, une création d'un monde, de son propre monde. Sa propre identité n'est rien d'autre que ce monde qu'elle crée et le monde, le "réel" et la première strate naturelle, n'existent pour la société que dans et par cette création-activité.
        Cette création-pratique n'est pas absolue; elle ne peut transgresser ni ignorer les lois physiques; elle s'étaye sur ces lois, sur la première strate naturelle, mais elle pose des lois nouvelles, ses lois. Les contraintes imposées par le monde physique à l'organisation de l'être vivant nous fournissent une partie essentielle de notre compréhension de cette organisation. Mais ce que le monde physique comme tel impose ou interdit insurmontablement à la société - et par là, à toutes les sociétés - est de part en part trivial et ne nous apprend rien. L'impossible et l'obligatoire n'épuise pas le champ du possible dans la création-pratique politique-ontologique humaine.

Rationalité et autonomie
        Le projet d'autonomie s'étaye théorétiquement sur la pleine rationalité dont elle est inséparable - et non pas la "rationalité" du scientisme ou de la "Raison". La véritable rationalité est avant tout conscience de la non-cohérence, des limites et des lacunarités inévitables de la rationalité face au réel, confrontation explicite et délibéré avec l'abîme de sens qu'est l'être et par là même ouverture d'un questionnement illimité, indéfini, sans répit. Le projet d'autonomie est le versant pratique-politique de cette interrogation illimitée. La rationalité n'est pas justification ontologique absolue du projet d'autonomie ou d'une illusoire inéluctabilité de la société autonome. Elle est un anti-fondement, une non-ontologie, une fondation sur le vide laissé inévitablement par les limites de la rationalité et non pas sur le vide d'un pseudo-néant absolu, qui n'est pas la négation de la théologie mais simplement une théologie négative.
        Devant l'inexistence de tout savoir total ou absolu, de toute révélation théologique, la question et, par conséquent, la création-pratique politique-ontologique ne peuvent recevoir de clôture transcendantale rationnellement légitime. D'autre part, les déterminations du social-historique ne sont pour le social-historique ni décisives, ni indifférentes, l'impossible et l'obligatoire, loin d'épuiser son champ, en laissent l'essentiel hors de leur prise. Aucune "vérité" ontologique ou rationnelle, aucune détermination naturelle ne contraint les hommes à vivre de telle façon et pas de tel autre. L'activité des hommes est création d'un sens qui dépasse la rationalité. Toute réponse pratique et théorique est effectivement immanente; la rationalité et le projet d'autonomie sont l'émergence d'une opposition à toute clôture immanente. La non-réponse politique-ontologique - respectivement théorétique et pratique-politique - de la rationalité et du projet d'autonomie est ouverture d'un questionnement illimité et indéfini et suppression de l'unité mystique et mythique de la société théocratique.
Autonomie
        Le projet d'autonomie s'étaye sur le déficit de sens du monde et ne cherche pas à le combler. Ainsi, il est institution d'un cadre social - des conditions matérielles - qui ouvre à l’interrogation pratique illimitée et indéfinie - cette interrogation ne peut être que mutilée si elle se contente de n’être que théorétique. Il est le projet rationnel du cadre et non du contenu global, de l’ensemble culturel, qui est nécessairement création au-delà de la rationalité, ouverture d’un possible volontairement indéfini et altérité enfin autonome car la société autonome est l’unique institution sociale qui ne résorbe pas le réel, ni explicitement, ni effectivement. Il est projet d'une immanence politique-ontologique explicite, directe et institutionnelle.
        Libertés individuelle, intersubjective et sociale-historique sont réciproquement inhérentes et s’impliquent circulairement mais l’instance déterminante et révolutionnairement décisive est la dimension sociale-historique, collective-anonyme, humaine-impersonnelle, institutionnelle, matérielle, concrète, pratique, législative, organisationnelle. L’individu n’est rien d’autre que de la société. En l’absence totale de la société le sort de l’individu est la mort ou l’inhumanité. L’altérité est consubstantielle à l’ipséité individuelle et le social historique est altérité globale. L’autonomie d’un individu est indissociable de l’autonomie des autres; la pleine autonomie individuelle est nécessairement sociale; viser l’autonomie individuelle intégrale c’est viser l’altérité autonome, au-delà de soi et de ses rapports intersubjectifs. La liberté individuelle est donc impossible en dehors de la liberté sociale. La spécificité des libertés individuelle - un rapport psychique autonome à son inconscient - et intersubjective est résiduelle et étriquée. Le phantasme monadique - isoler les libertés individuelle ou intersubjective de la liberté sociale-historique - est en réalité une négation idéologique, politique, du projet d’autonomie social-historique. Par contre, la liberté sociale-historique considéré séparément - la saisie révolutionnaire du pouvoir - n’est pas une négation des libertés individuelle et intersubjective; elle établit les conditions politiques de leur accomplissement. Ainsi lorsque nous employons le terme liberté - ou autonomie - sans adjonction nous entendons exclusivement la liberté en tant que spécifiquement sociale-historique.
        De même, l’imaginaire et l’institution d’une société sont consubstantiels mais l’institution est le moment révolutionnaire décisoire.
        La lutte pour la liberté est par conséquent avant tout  lutte pour une société libre - une société où la pratique et par conséquent le mode de propriété offre aux individus la plus grande liberté possible; une société où la totalité des institutions sociales sont déterminées explicitement et directement par tous de manière à ne ne pas nuire à l’autonomie sociale et à limiter le moins possible l’autonomie individuelle .
        Rendre impossible tout ce qui existe indépendamment des individus. Transformer l´intérêt général en intérêt particulier et l´intérêt particulier en intérêt général. Construire ludiquement le réel dans une société sans classes. Transformer la loi de l´offre et de la demande en jeu des besoins, des désirs et des capacités. S´approprier les moyens matériels de la vie à des fins de libre usage individuel et collectif. Instaurer la démocratie directe. Voici les tâches des conseils antithéocratiques, l’arme d’auto-émancipation crée par le mouvement historique d’autonomie.
Propriété
        Du point de vue révolutionnaire, le versant pratique-institutionnelle-collectif de la liberté est central, par conséquent la propriété est la question révolutionnaire-politique capitale. La propriété au sens le plus large possible d’appropriation sociale du réel, c’est-à-dire du mode global de partage de et de participation à l’appropriation sociale - appropriation dans la production, dans la consommation, des objets, des moyens, des lieux, des êtres, de la vie - est le noyau de la pratique politique-ontologique sociale. Le capitalisme, l’état, la hiérarchie, la séparation entre politique et économie, l’inclusivité et l’exclusivité théocratique, le totalitarisme, la démocratie, sont des modes de propriété ou modes d’appropriation sociale. La critique radicale est donc avant tout critique de l’aliénation de la possibilité de s’approprier le réel de manière autonome dans les sociétés théocratiques.
        En élevant leur règne sur les ruines du monde monarchique, les capitalistes ont su conserver, derrière le spectacle des libertés de l´état pseudo-démocratique moderne, le dernier et plus important des privilèges, celui qui contient tous les autres: la propriété, qu´ils ont feint d´abolir sous sa forme féodale pour en fait mieux la renforcer en tant que propriété marchande et secondairement étatique, c´est-à-dire en moyen de domination de leur classe sur toutes les autres et de la marchandise sur le monde. Le droit abstrait de propriété, proclamé dans la déclaration des droits de l´homme, n´est que le droit de l´immense majorité à toujours être dépossédé de toute propriété réelle sur les moyens matériels de sa vie. Ce n'est pas un hasard si les premières démocraties ne furent démocratiques qu'au suffrage des seuls propriétaires. La propriété capitaliste de l´espace et du temps est le dernier rempart qui s´oppose au libre usage individuel et collectif de la vie dans les conseils antithéocratiques fédérés.

LES JOUISSANCES PERMISES PEUVENT-ELLES SE COMPARER AUX JOUISSANCES QUI RÉUNISSENT À DES ATTRAITS BIEN PLUS PIQUANTS CEUX INAPPRÉCIABLES DE LA RUPTURE DES FREINS SOCIAUX ET DU RENVERSEMENT DE TOUTES LES LOIS ?



 
 






















































































 
 






















































































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