TABLE
Art
Art
“progressiste”
Abolition
de l’art

Art
Ce que certains idéologues
présentent comme l’acmé de l’individualité libre ou
appellent nébuleusement “génie", “talent” ou “art" - et leur
absence corrélative dans la grande masse - sont les corollaires
historiques de la répartition
théocratique
inclusive de l’appropriation sociale qui a concentré la direction
et l’attribution aliénées
de l’usage pseudo-ludique des moyens de communication en une minorité
de dirigeants et de spécialistes - artistes et autres professionnels
du spectacle; cette minorité a en conséquence le monopole
du " droit à la liberté d’expression " qui n’est effectivement
que le droit de tous à n’avoir aucune réelle - matérielle,
pratique - liberté d’expression. L’art est intrinsèquement
lié aux formes modernes de la propriété.
L’art n’est pas pérenne ou naturel. Il n’émerge éminemment
qu'avec la relative séparation de la religion et de l'art dans et
par l’avènement de l’inclusivité théocratique. L’art
est consubstantiel au règne capitaliste bureaucratique. Là
où dominait le spectacle sacré du rituel a succédé
le rituel profane du spectacle dont l’art est le parangon.
L´art est la
bonne conscience d´un monde basé
sur l´asservissement. Il est l´image que veut donner d´elle-même
la propriété privée des moyens matériels de
toute communication. Lieux du qualitatif et de l'individualité aliénés
par excellence, ses jeux médiocres et étriqués se
présentent comme autonomes ou alternatives à la société
mais cette sous-théologie de la créativité
mystique séparée n’est qu’une sous-copie du fallacieux paradis
religieux. Ce lamentable expédient est entièrement
conditionné par le fait qu´il ne peut ni ne veut penser son
amputation pratique, son étroitesse professionnelle, sa dépendance
de la division aliénée de l'activité sociale, sa propre
base matérielle-pratique dans la théocratie inclusive moderne.
Ce qui reste inavouable pour les artistes, c'est qu´ils prospèrent
sur la misère. La culture est la marchandise idéale,
celle qui fait payer toutes les autres. L´art est la forme achevée
de la dictature du désir. Le langage au service de la domination
ne sort pas uniquement de la bouche des flics, des politiciens, des curés
et des patrons, il existe aussi dans tout langage qui ne prépare
pas explicitement la révolution de la vie quotidienne.
Art
" progressiste "
L´art le plus “libre” n´est "libre" qu´en tant que spectacle
d´une liberté dont les hommes sont partout dépossédés.
Complice dans la dictature de la contemplation, quand il se veut "critique",
l’art "progressiste" n´est que la critique théologique de
la théocratie. Les théophiles mystificateurs de "l´art
par tous", de "la vie est art", du "tout est art" de l´art "anti-art",
"non-art", "d´avant-garde", "subversif", "engagé" ou "révolutionnaire"
(rires) ont seulement été à l´avant-garde de
la transformation de l´insatisfaction en marchandise à contempler.
L’art "progressiste" est l’archétype de cette bouffonnerie qu’est
l’art. L’artiste "progressiste" rempli son mandat en fournissant - sous
la forme d’une opposition controuvée - à l’art établi
ou à la société des contenus ou formes artistiques
nouveaux, marginaux ou alternatifs. Ainsi se perpétue l’idéologie
de la liberté de par d’inoffensives antinomies de contenus : simplicité
/ complexité, monomorphisme / polymorphisme, unicité / pluralité,
universel / particulier, exotérique / ésotérique,
ordre / confusion, segmentation / transversalité, savoir-faire /
dilettantisme, détermination / indétermination, arbitraire
/ aléatoire, éphémère / permanent, matérialisation
/ imagination, affectivité / conceptualisation, spontanéité
/ préméditation, identification / distanciation, narration
/ non-linéarité, symbolisme / formalisme, réalisme
/ irréalisme, figuration / abstraction, individualité / collectivité,
passivité / activité, contemplation / participation, signature
/ anonymat, indifférence / adhésion / rejet, complaisance
/ provocation, beauté / laideur, perpétuation / innovation.
Ces contenus ou oppositions considérés "en soi" n’ont aucun
sens politique. Examinés dans leurs manifestations artistiques ou
spectaculaires "progressistes" effectives, ils impliquent implicitement
une adhésion à l’ordre établi du fait de leurs limitations
intra-théocratiques et de leur innocuité incorporées
dans et par leur forme d’art ou plus généralement de spectacle.
Abolition
de l’art
Le mode d’articulation sociale propre aux théocraties inclusives
modernes - en technique, économique, juridique, politique, religieux,
artistique - n’est qu’un mode d’institution social particulier, il n’est
pas le seul possible ou le seul qui ait jamais existé. Dans une
société
antithéocratique,
il n’existe plus de peintres ni d’artistes mais tout au plus des êtres
humains qui, entre autres choses, appliquent quelquefois des pigments sur
des surfaces ou dont certaines des activités ont des similitudes
avec des aspects triviaux de disciplines artistiques. Dans les conseils,
le peuple décide de tous les aspects de sa vie mais cela ne fait
pas de chaque individu un président de la république ou un
premier ministre; cela ne fait pas non plus de chaque individu un artiste
car les nouvelles conditions politiques - la nouvelle articulation sociale
- suppriment la nécessité de tels rôles aliénés.
Nous ne défendons pas un art contre un autre; nous voulons l´abolition
pure et simple de l´art. Il ne s’agit pas d’interdire législativement
l’art comme la propriété capitaliste mais de le supprimer
par dissolution dans la transformation sociale autonome de l'être.
Tout jeu n’est pleinement libre qu'à la condition de s’inscrire
dans une pratique sociale libre. La suppression révolutionnaire
de la sphère sociale séparée de l'art est ennemie
de toute constitution d’une unité sociale mystique. Le caractère
séparé de l’art ne doit pas être supprimé en
tant que séparé mais en tant que forme historique déterminée
de l’aliénation.